Préface au catalogue de l'exposition (Octobre 1997)
Galerie Etienne de Causans
 
Un tableau qui serait bien plus qu’un tableau…
Cette peinture-là dit des choses essentielles, au-delà du beau, des qualités de facture et de maîtrise formelle. Elle parle comme une grande oeuvre littéraire, - celle de Pascal ou de Dostoïevsky – de la condition humaine, de l’étonnement d’exister. A l’évidence, c’est une âme, non des pinceaux, qui vient occuper la toile de manière impérieuse, ferme, compacte, nécessaire.
Une philosophie du mystère… voilà ce que, selon moi, exprime picturalement Anne-Françoise COULOUMY. Un mystère qui ne se confond pas avec l’absurde car l’absurde n’est que l’absence du sens tandis que le mystère est la promesse du sens, le scintillement du sens, un sens à la fois présent et absent, comme un Dieu caché…
Des lumières qui arrivent à l’oblique, venant d’endroits inaccessibles… car la source, la vraie source de vie demeure invisible aux sens comme à l’intellect.
Des couloirs, des antichambres, qui indiquent le chemin fait et le chemin à faire…
Des murs, des grands murs, longs, hauts, présentés de afce, des murs tellement présents, presque obscènes, qu’ils font se demander ce qu’il peut y avoir derrière….
Des personnages plus petits que la nature, plus petits que les villes, plus petits que les maisons : encore l’homme tout simplement.
Des costumes incernables, qui n’appartiennent ni à une époque, ni à un pays, ni à une classe : l’homme vous dis-je.
Des visages sans traits, sans caractéristiques, sans histoires spécifiques : l’homme tout simplement.
Parfois, les vivants égarés dans les toiles regardent un lieu, un lieu dissimulé, que nous, spectateurs, ne voyons pas et que nous pouvons identifier à notre guise.
Car on déambule librement dans ces tableaux, ils rendent l’imagination fertile. Plusieurs fois, j’ai fait parler mes amis devant eux : chacun à partir du même tableau, me racontait une histoire différente, se passionnait pour son récit, prenait des risques, se dévoilait, et m’apprenait autant de choses sur lui que sur la toile.
Une oeuvre précise et cependant mystérieuse. Une oeuvre qui pose la question du sens. Une oeuvre interrogative. Rarement, on aura vu, si vite, une telle adéquation du fond et de la forme.
C’est uniquement en écrivain que je me permets de parler de peinture, et l’écrivain que je suis voulait simplement témoigner ceci : les tableaux d’Anne-Françoise COULOUMY font partie de mes plus belles heures de lecture.
 
Eric-Emmanuel SCHMITT
A.F. Couloumy
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