Préface au catalogue de l'exposition de novembre 2001 (Juillet 2000)
Galerie Etienne de Causans
 
Extrait d’une lettre à ma fille Eva
 
C’est une oeuvre bouleversante, d’intensité toujours, de gravité souvent : il y a là un mystère auquel tu sens que tu pourras accéder, l’essence même de la vie. Jamais aucune peinture ne m’a autant remuée.
Beaucoup de verts sombres, de bruns rougeâtres (de ces « non couleurs » qu’ont encore certaines écoles, des hôpitaux, des bâtiments administratifs ou des appartements bourgeois un peu désuets) ; rouge vif, jaune doré et outre-mer, n’y prennent que plus de relief.
Lumière, ah… Lumière, dont on ne voit jamais la source mais l’effet : fenêtres absentes, dont les croisillons ombrent un mur nu, lampes invisibles projetant leur halo sur des parquets luisants jusque dans les couloirs étroits, oeil-de-boeuf révélé de biais par une glace.
Enfilade de couloirs lambrissés sur lesquels ouvrent des portes et des portes… Personnages indéfinis absorbés dans une intense activité intérieure ; lecture d’une lettre, méditation, recueillement, comme si quelque chose de très important venait d’arrive ou allait survenir…
Plafonds voûtés sur d’obscurs corridors successifs par lesquels s’éloignent de rares silhouettes surabondamment vêtues de sortes de burnous gris, bleu nuit, allant vers l’afflux de lumière blanche d’un patio…
Et puis tous ces tableaux dans leurs cadres de bois, ovales, ronds, rectangles et autres carrés, reflétés par des miroirs accrochés très haut sur les murs : éblouissante mise en abyme digne du « Cabinet d’amateur » de mon cher Perec !
Cette peinture raconte des histoires que tu peux inventer à ta guise, parle de lieux à la Baudelaire, où tu as… « longtemps habité… » et que tu peux décrire à la Robbe-Grillet sur un ton monocorde et retenu.
L’intensité extraordinaire de ces moments surpris dans leur intimité, leur gravité, leur manifeste importance, force ton regard mais aussi aiguise ta pensée et te bouleverse vraiment !
Elle te dit la joie, la douleur, la stupeur de vivre…
C’est beaucoup plus que de la peinture ; c’est une pensée à la fois calme et inquiète, secrète et fraternelle, qui t’interpelle en amie exigeante.
Elle te demande instamment s’il est une réponse à la question essentielle que, comme toi, elle se pose !…
 
Françoise GRANGER
A.F. Couloumy
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