Dans la production antérieure d'Anne-Françoise Couloumy, les œuvres qui m'intéressent sont celles qui me plaisent le moins. Formes humaines indéfinissables, nomades aux faibles quinquets dans un espace glauque, loin de la luminosité qui irradie de la majeure partie de ses toiles. Pour celles-ci, laissez le soleil se coucher, baissez la lumière chez vous, vous serez ravi par la clarté qui émane de la toile, qu'elle s'y glisse par quelque fente, une porte, une fenêtre. Comme si la peinture avait retenu une part de la lumière du jour.
La lumière et ses ombres créent l'espace, libèrent les objets de toute autre présence. Objets si présents, hommes et femmes absents, si lointains, ombres eux-mêmes, ombres qui passent. Je me souviens de l'émouvant tableau choisi pour la dédicace « A mon père ». La porte est close. Il reste la lumière.
Dans les œuvres récentes, le noir et ses nuances s'imposent, la lumière est parcimonieuse, elle se fige en blancs tissus. Ce qui captive n'est plus le raffinement des variations de clarté par lesquelles le monde connu charme, et masque de son voile séducteur de sombres réalités. La peinture a toujours joué de ces oppositions de la vie.
En lumière il y a à voir des présences qui se dérobent, il y a dans l'obscurité des présences prêtes à se révéler, un inconnu à forcer. Si dans la grande salle obscurcie le cadre des miroirs reste perceptible, dans le petit format le mur devient indéchiffrable, l'opacité fascine.
L'oeil s'en approche. Le noir est le creuset de tous les possibles. Les petits êtres des formats réduits possèdent la grâce d'une apparition saisissante que jusqu'alors je n'avais pas perçue.
Sans doute le papier marouflé qui donne au noir sa brillance n'y est-il pas étranger. Une question me bouscule. Quelle sera l'œuvre qui naîtra de cette traversée du noir ?
Quelle curiosité ! Il y a tant déjà pour la satisfaire.
 
Serge Guillaume, Auteur, 2008.
A.F. Couloumy
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