Je me souviens de ta première exposition ... Il y avait de grands tableaux sombres, le vent soufflait dans les bannières, de grandes foules étaient rassemblées. Ces foules venaient d’un autre temps.
Je les ai revues plus tard, vêtues d’amples manteaux, de longues robes, de pauvres jupons, d’attentes indéfinies et inquiètes. Je pensais aux maîtres anciens, à ce rapport que tu entretenais avec eux, si différent du mien, et je voyais aussi s’affirmer ton désir de les inviter dans tes toiles, en maîtrisant des drapés démesurés, des jeux d’ombre et de lumière de plus en plus complexes, des cordes s’entremêlant dans les hauteurs de salles immenses, et des reflets dans ces miroirs convexes, que chez moi on appelait des sorcières.
Un langage pictural pour dire ce qui ne gît pas dans l’accessoire, le sac abandonné, ou le verre et son double en reflet. La solitude n’est pas là.
L’abandon n’est pas dans le coin de la toile où un vêtement s’oublie.
Quelque chose s’est absenté du monde.
Demeurent dans tes tableaux, les portes ouvertes ou fermées. Où es - tu, toi le peintre, dans ce labyrinthe?
Nous savons que de la peinture aussi, quelque chose s’est absenté, et nous voulons faire retour en avant, dans la modernité où nous vivons, avec nos armes, le regard, et la peinture.
 
Anne Gorouben, peintre, 2008
A.F. Couloumy
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